Pourquoi le genre humain fascine et divise autant

Imaginez un mot qui claque comme une gifle et dont la racine, venue du grec ancien, désigne littéralement celui qui « n’aime pas l’homme ». Voilà « misanthrope ». Rien à voir avec une simple humeur boudeuse ou le plaisir de s’isoler. Ici, on parle d’un rejet de la compagnie humaine, d’une allergie sociale revendiquée. Quand on décrit quelqu’un de misanthropique, ce n’est pas seulement parce qu’il évite les dîners de quartier : il fuit la société comme d’autres fuient les foules sur les quais en été. Synonyme de « sauvage » ou d’« insociable », le mot s’offre une place à part dans notre vocabulaire, où il plante ses deux racines grecques : « mis » (qui n’aime pas) et « anthrope » (l’homme, entendu comme l’être humain dans sa globalité).

Problèmes

Petite précision pour les puristes : le mot s’écrit bien avec un « th ». Détail d’orthographe qui n’a pas toujours été si évident. Jetez un œil à la couverture de la première édition de Le Misanthrope, la pièce de Molière : le fameux « h » d’« anthrope » n’y figurait pas toujours. Ce n’est qu’au fil du temps, et sous l’influence des étymologistes, que le « h » s’est réinstallé, tout comme pour d’autres mots d’origine grecque. Ce retour du « h », c’est un peu le triomphe discret de l’histoire des langues sur les habitudes d’écriture.

Dans la même famille

Le préfixe « mis » a fait florès ailleurs, avec la même force de négation : on le retrouve dans « misogyne », l’ennemi déclaré des femmes, et dans « misandre », qui vise cette fois la gent masculine. Côté « anthrope », la famille est vaste. Voici quelques exemples pour s’y retrouver :

  • « Anthropologie » désigne l’étude de la lignée humaine, un terrain de jeu pour ceux qui cherchent à comprendre notre évolution.
  • « Anthropomorphisme » s’emploie lorsqu’on prête des comportements humains à des animaux ou même à des robots, comme quand un robot esquisse un geste familier.
  • « Anthropophage » est le terme sophistiqué pour parler de cannibalisme, ce tabou universel.
  • « Anthropoïde », enfin, désigne ce qui ressemble à l’homme, un adjectif souvent réservé aux primates les plus proches de nous.

Face à la misanthropie, la langue a prévu son antidote : le philanthrope. Ici, le préfixe « phil », toujours d’origine grecque, marque l’amour ou l’attirance. On le croise dans « philosophe » (celui qui aime la sagesse), mais aussi dans « cinéphile », « bibliophile » ou « francophile ». La racine, elle, ne ment jamais sur ses intentions.

En somme, derrière ces mots se dessine une carte des passions et des rejets humains. Le lexique devient alors le miroir de nos contradictions : entre méfiance viscérale de l’autre et enthousiasme à célébrer ce qui nous lie, chacun y trouve la nuance qui colle à ses propres élans. Peut-être est-ce là, au fond, que réside la vraie fascination pour le genre humain : dans ce balancement perpétuel entre le désir de s’éloigner et l’envie de se rapprocher.

Choix de la rédaction