Si vous avez lu et assimilé mes premiers articles, il est temps pour nous de passer à des choses un peu plus sérieuses, en particulier le dessin de portrait et de caractère (je vois déjà quelques sauter de joie dans la dernière rangée 😉). Mes futurs articles porteront sur la construction du corps humain (de la tête aux pieds), et j’essaierai de faire des feuilles d’anatomie artistique une fois que les bases de la construction seront assimilées.
Dans ce nouvel opus, place à la tête. Mais pas question ici de recopier bêtement une image : l’objectif, c’est de vous rendre vraiment autonome face à la page blanche. Beaucoup rêvent d’une recette magique, un raccourci pour dessiner vite et bien, sans se fatiguer à comprendre. Mauvaise nouvelle : cette pilule-là n’existe pas. Vous avez peut-être déjà croisé des gens capables de reproduire n’importe quel dessin à l’identique. C’est impressionnant, certes. Mais il faut être lucide :
Un bon copieur n’est pas nécessairement un bon dessinateur.
Savoir recopier donne souvent l’illusion de maîtriser le dessin. Or, chaque trait, chaque ombre est une interprétation de la réalité. Copier, c’est imiter la pensée de quelqu’un d’autre sans jamais vraiment l’intégrer. À moins de se greffer un nouveau cerveau (ce qui, avouons-le, reste peu probable), on passe à côté de l’essentiel : comprendre, analyser, reconstruire. J’en parle d’expérience : des années à recopier sans comprendre ne m’ont pas fait progresser. Ce qui change tout, c’est d’apprendre à déconstruire un dessin, puis à le reconstruire selon sa propre logique. Autrement dit, copier intelligemment, c’est reconstruire, pas simplement reproduire.
Retournons à la pratique : comment s’y prendre pour construire une tête de façon solide ?
Étape 1 : Dessiner une sphère
Pour amorcer la construction, imaginez la tête comme une sphère. Ce volume simplifie la perspective et sert de base solide. Commencez par tracer un cercle, puis ajoutez des repères pour marquer l’axe central du visage et la séparation horizontale, comme sur l’exemple ci-dessous :
Les lignes en pointillés montrent les parties cachées de la sphère. Rassurez-vous si vos premiers cercles ressemblent à des œufs tordus : avec de la répétition, vos sphères prendront forme. Dessiner des centaines de cercles, c’est le meilleur échauffement possible avant chaque session. Accordez-vous au moins dix minutes à cet exercice, que vous soyez débutant ou déjà confirmé. Vous verrez la différence sur la souplesse de votre trait.
Ces repères permettent de visualiser la tête en volume. Ils servent aussi à placer les sourcils et à diviser le visage de façon équilibrée. En les positionnant correctement, vous facilitez l’alignement de toutes les parties du visage. Une fois cette étape acquise, vous pourrez manipuler la sphère dans l’espace, la tourner, la pencher… tout devient possible.
Deuxième étape : couper l’ampoule au niveau des tempes
Pour donner plus de réalisme à la forme, il faut maintenant imaginer que la sphère est « coupée » sur les côtés, là où se trouvent les tempes. Commencez par tracer la ligne des oreilles, celle qui traverse la sphère de part en part au niveau des tempes :
Sur l’image, la ligne bleue marque le passage du temple. À ce stade, la sphère pourrait évoquer une boule de pétanque, mais ce n’est que temporaire !
Poursuivez en localisant l’endroit où la ligne des sourcils croise celle des tempes. C’est ici que l’on va retirer un peu de volume pour marquer la zone des tempes :
Les tempes sont ainsi positionnées, la base du volume commence à ressembler à une tête humaine.
Troisième étape : prolonger les axes et dessiner la mâchoire
L’intersection du temple va maintenant servir de point de départ pour placer la mâchoire. Avant cela, tracez une ligne partant de la jonction entre la ligne des sourcils et l’axe vertical. Cette nouvelle ligne, qui descend jusqu’au menton, mesure environ deux fois la distance séparant le centre des yeux du sommet du front. Terminez par un petit trait en bas pour fixer la largeur du menton, ce trait est parallèle à la ligne des sourcils.
À partir de là, il ne reste qu’à dessiner le contour de la mâchoire. Placez la base du nez au centre du segment tracé, en vous assurant qu’elle soit parallèle aux sourcils. Puis reliez les bords des tempes aux extrémités du menton pour dessiner les lignes de la mâchoire.
En suivant ces mouvements, vous obtenez la structure de la mâchoire et la base du nez. C’est le moment où la forme commence à ressembler à une vraie tête. Cette étape demande de la répétition : réalisez ces trois premières phases des dizaines, voire des centaines de fois, jusqu’à ce qu’elles deviennent naturelles.
Quatrième étape : placer les axes des yeux et les pommettes
Revenez sur la ligne des yeux, juste sous celle des sourcils. L’espace entre ces deux lignes correspond à la hauteur d’un œil. Pour bien positionner les orbites, tracez deux cercles à cet endroit : cela vous aidera à anticiper la place des yeux et à mieux appréhender la suite.
À partir de là, tous les détails du visage peuvent être ajoutés progressivement, avec une base solide.
Voici une synthèse visuelle de toutes ces étapes, idéale pour garder en tête la méthode complète :
Ce schéma résume la construction d’un visage trois quarts selon la méthode d’Andrew Loomis. Cette approche s’adapte parfaitement au dessin de portrait réaliste, de personnage de bande dessinée ou même de manga. Évitez de penser que le style manga simplifie la tâche : souvent, la simplicité demande beaucoup plus de maîtrise que la complexité apparente.
Répétez ces étapes sans relâche, jusqu’à ce que la construction d’un visage devienne un réflexe. C’est en forgeant ses propres repères qu’on peut ensuite créer, inventer, et donner vie à des visages uniques. Alors, la prochaine feuille blanche ne sera plus une épreuve, mais une invitation à explorer toute une galerie de regards, de sourires, de caractères.








