Marché dirigé par les ordres ou par les prix : comprendre la vraie différence

Je n’ai aucune difficulté à me rappeler la première fois que j’ai investi dans une action constamment cotée sur le marché. D’un autre côté, Je dois avouer que le seul que j’ai sur mon premier ordre sur un titre de verrouillage est celui d’une honte. Avant de vous expliquer et que vous compreniez pourquoi cette histoire me fait rire aujourd’hui, je dois expliquer comment ces deux types de notation fonctionnent.

Conditions à remplir

Pour qu’une action soit négociée en continu, elle doit répondre à des critères précis. Une offre continue suppose qu’une action dépasse les 2 500 transactions par an. Lorsque ce volume n’est pas atteint, la société émettrice peut encore accéder à ce mode de cotation si elle garantit la liquidité de son titre, par exemple en signant un accord avec un spécialiste de marché chargé d’animer les échanges.

À défaut de remplir ces exigences, une entreprise cotée sur Euronext n’a pas la possibilité d’être échangée en continu : elle passe alors sous le régime de la « fixation », autrement dit, les échanges ne s’effectuent plus à tout moment, mais lors de moments précis de la journée.

Comment ça marche ?

Les différences entre ces deux modes de cotation ne sont pas qu’une question de rythme. Elles changent la façon dont les investisseurs interagissent avec le marché. Voici comment chacun fonctionne concrètement.

Offre continue

Les actions admises à la cotation continue peuvent s’échanger entre 7h15 et 17h40. Cette longue plage horaire se découpe en trois grandes phases.

Tout commence avec la pré-ouverture, de 7h15 à 9h. À ce moment-là, chacun place ses ordres d’achat ou de vente dans le carnet, sans qu’aucune transaction ne soit réalisée. À 9h, c’est l’ouverture : tous les ordres se confrontent afin de déterminer un prix d’équilibre, ce sera le prix d’ouverture.

Ensuite, la séance se déroule en continu de 9h à 17h30. Chaque nouvel ordre peut faire bouger le prix à la hausse ou à la baisse, selon la balance entre acheteurs et vendeurs. Les investisseurs disposent ainsi d’une liberté totale pour acheter ou vendre à tout instant, selon leurs stratégies ou l’actualité des marchés.

La clôture, elle, se déroule en plusieurs étapes. D’abord survient la pré-clôture (de 17h30 à 17h35) durant laquelle les ordres s’accumulent sans qu’aucune transaction ne soit validée. À 17h35, Euronext calcule le prix d’équilibre entre l’offre et la demande : il s’agit du prix de clôture. Enfin, de 17h35 à 17h40, il reste possible d’acheter ou de vendre au prix de clôture, à condition que la contrepartie existe en face, c’est-à-dire que le nombre d’actions proposées corresponde à la demande, au centime près. Si, par exemple, le prix de clôture est de 10 euros, il faudra qu’un vendeur propose le même nombre d’actions à ce prix pour que la transaction ait lieu.

Fixing (cotation à la fixation)

Le système de fixing fonctionne différemment, et c’est là que les habitudes sont bousculées. Ici, il n’est plus question de cotation à toute heure : les échanges sont concentrés durant deux moments précis de la journée. Le premier fixing est réalisé à 11h30, le second à 16h30.

Contrairement à la cotation continue, où l’investisseur peut intervenir à tout moment, ce mode impose d’attendre ces deux confrontations. Après chaque séance de fixing, les transactions sont possibles pendant une plage limitée : entre 11h30 et 12h, puis de 16h30 à 17h. Le reste du temps, entre 7h15 et 11h30, puis de 12h à 16h30, on assiste à une pré-ouverture. Les ordres s’accumulent dans le carnet, mais rien ne s’exécute tant que l’heure du fixing n’a pas sonné.

Avantages et inconvénients

Pour trancher entre ces deux modes, il faut se placer du point de vue de l’investisseur. Pour qui achète une action dans une perspective de long terme, le choix a peu d’incidence. Investir pour quelques années rend l’agitation du carnet d’ordres bien moins pertinente : l’essentiel est ailleurs, dans la solidité du projet et la confiance dans l’entreprise.

Pourtant, le mode de cotation peut changer la donne pour d’autres profils. Les titres peu liquides, souvent négociés en fixing, ne facilitent pas la tâche des fonds d’investissement qui souhaitent constituer, ou céder, une position significative. Avec peu d’ordres en face, il devient difficile de trouver une contrepartie, et donc d’entrer ou de sortir du marché sans perturber les prix.

En outre, ce type de valeurs se révèle vulnérable aux manipulations. Un investisseur disposant de moyens limités peut parfois provoquer d’amples variations de cours, simplement parce que le carnet est vide ou presque sur certaines plages horaires. Les écarts de prix, dans ce cas, peuvent surprendre même les habitués.

À ne pas négliger

Comprendre les différences entre cotation continue et fixing, c’est éviter les mauvaises surprises, et parfois, les quiproquos embarrassants. Un exemple concret : lors de mes premiers pas sur Alternext (devenu Euronext Growth), je n’avais pas saisi toutes les subtilités du fixing. J’ai vu mon ordre d’achat inlassablement figé dans le carnet, sans jamais être exécuté. Agacé, j’ai fini par appeler le service client de ma banque. Quinze minutes de musique d’attente plus tard, un conseiller a décroché. Sa réponse, teintée d’ironie, m’a fait comprendre où j’avais fauté : il fallait attendre la confrontation des ordres, et non espérer une exécution immédiate.

Depuis cet épisode, je n’ai plus jamais contacté le service client pour ce genre de question. La leçon a porté. Comme quoi, même les marchés financiers réservent des rappels à l’ordre inattendus, et parfois savoureux.

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